MARSEILLE ET LE JAZZ


Dès l’entre-deux guerres, on trouve en ville des formations liées à la danse et à la variété rythmée portant des noms évocateurs tels Colisée jazz, Broadway Jazz ou Wonder Jazz. La formation du violoniste marseillais Jack Raymond entouré d’Alix Combelle (sax ténor) et de Pierre Allier (trompette) eut son heure de gloire lors de l’exposition coloniale de 1931 à Paris. Rappelons que dès 1925, la présence d’une communauté américaine avec les Gould ou encore les Fitzgerald sur la Côte d’Azur crée un terrain favorable à l’émergence d’un Jazz Côte Sud. A la Libération, dans le premier numéro de Jazz Hot lors de sa reparution, on trouve un article plus que flatteur titré : “Hugues Panassié à Marseille, nouvelle capitale du jazz” dans lequel l’auteur affirme que la présence de centaines de musiciens de jazz noirs américains en ville fait de la section marseillaise du Hot Club de France, la formation la plus privilégiée.

Des jam-sessions sont organisées tous les dimanches au salon Pélissier à la Plaine. Au bar du Grand Hôtel Noailles, le jazz est aussi présent grâce au pianiste Willy Molinetti. Le Martinez, caveau du type Saint Germain des Prés sis rue Armeny propose également concerts et dancing. Au même moment, une section du Hot Club se crée à Aix sous la houlette de Marcel Blache. En 1946, Monsieur Brunet (président du Hot Club de Marseille) fait venir Louis Amstrong à Marseille. En 1948, Dizzy Gillespie et son grand orchestre se produisent à l’Opéra. Et l’année suivante, c’est le tour de Charlie Parker. Les grandes vedettes du Jazz prennent ainsi l’habitude de passer par Marseille.

 Les Grandes Années : 1950-1965 
Dans les années 50, à Marseille comme ailleurs en France, on assiste à la lutte des tenants de la tradition et du Bebop. Du côté des classiques, on retrouve Jean Pierre Lindenmeyer, Léo Missir, Willy Molinetti, Gilbert Gassin et Marcel Zanini. Pour les modernes, on compte Georges Arvanitas, Robert Pettinelli, Louis Belloni et la génération montante avec Henri Byrss, Alain Fougeret, Gaston Ménassé et Roger Luccioni. Ces deux clans ont leur club respectif : La Chistera pour les premiers et le Saint James, temple des modernes. Le Quintet de Robert Pettinelli composé de Éric Vidal, Georges Arvanitas, Edmond Aublette et Louis Belloni est une des meilleures formations de la ville. L’Ensemble raffle le prix du Grand Tournoi amateur organisé à Paris par André Francis et Charles Delaunay devant plus de 30 formations.

Si le voyage de Marcel Zanini aux Etats Unis entre 1954 et 1958 le convertit aux formes les plus modernes du jazz, la querelle des anciens et des modernes ne s’arrête pas. A la fin des années 50, René Bard qui dirige le Hot Club de Marseille, ne prend aucun risque et n’invite que les valeurs sûres (Sydney Bechet, Lionel Hampton et Count Basie). Le schisme est inévitable. Pour s’opposer au diktat du bulletin du Hot Club, voire à son parisianisme, Roger Luccioni et quelques amis dont Pierre Bompar (que l’on retrouve plus tard à Jazz Magazine) lancent la Revue Jazz Hip. Cette revue évoque, outre les concerts marseillais, ceux de la capitale, de Juan etc, parle de cinéma, de science fiction avec rigueur et cependant beaucoup d’humour. Le pendant musical de la revue est le Jazz Hip Trio où l’on voit Roger Luccioni à la contrebasse, Jean-Bernard Eisinger au piano et Daniel Humair à la batterie. Plusieurs morceaux composés par le trio seront repris, entre autres, par Didier Lockwood et Barney Wilen. Ils éditent 2 disques chez Riviera et composent des musiques de films (“L’Araignée” de Rémy Grumbach) et d’une série TV (“Madame êtes-vous libre ?”).

Parallèlement, Roger Luccioni organise jusqu’à la fin des années 60 plus de 52 concerts et tient une rubrique jazz au journal “La Marseillaise”. Au journal “Le Provençal”, on retrouve Jean Arnaud (directeur du “Saint James”) également animateur d’une émission à la télévision et Jean- Louis Ginibre, dans son émission “Reflet du Jazz”, invite Georges Arvanitas et Willie Molinetti. D’autres clubs de Jazz s’ouvrent alors en ville tel “L’intérieur”. La grande série de concerts organisés par Roger Luccioni s’établit dans des lieux très diversifiés : Opéra de Marseille, théâtre du Gymnase, Alcazar, salle Vallier, Casa d’Italia, Faculté de Médecine etc. Parmi le nombre de concerts mémorables, rappelons en 58 Charlie Mingus, Art Blakey et les Messengers, en 61 le mythique concert qui a vu sur la scène de l’Alcazar Bud Powell et Thelonious Monk. En 63, on a pu entendre Duke Ellington et son grand orchestre lors d’un gala à la Faculté de Médecine en faveur de la Recherche contre le Cancer, Ray Charles et Oscar Peterson ou en 64, Miles Davis. Cette année-là est une année décisive pour le jazz à Marseille puisque Pierre Barbizet, directeur du Conservatoire National de Marseille depuis 1959, autorise Guy Longnon (trompettiste de Sydney Bechet) à créer la première classe de Jazz dans un conservatoire en France. Ainsi, naîtra la première génération de musiciens de Jazz non autodidactes. Les années 60, c’est aussi pour Marseille, l’expérience du Free Jazz.


 De la fin des années 70 à nos jours 
Si les années 70 ne furent pas une période éclatante dans l’histoire du Jazz à Marseille, rappelons que c’est une marseillaise : Simone Ginibre qui créa en 1973 la désormais célèbre “Grande Parade du Jazz” de Nice. Ancienne chanteuse de Jazz, elle se produisit aussi bien à Marseille qu’à Paris, accompagna Bud Powel. Épouse de Jean-Louis Ginibre, directeur de Jazz Magazine, elle deviendra le manager européen des plus grands noms du Jazz (Sarah Vaughan, Miles Davis, Duke Ellington, Stan Getz, Charlie Mingus, Thelonious Monk, Herbie Hancock etc.). À la fin des années 70, Marseille fait son retour au Jazz. Jean Pelle, d’abord au “Passe-Temps” puis dès 1979 avec le “Pelle-Mêle” se fait le grand animateur de la scène Jazz marseillaise. La création des radios libres permet au Jazz de trouver là une programmation régulière. Pendant 3 ans, Jean Pelle sera chroniqueur sur France Inter Marseille dans “Jazz à Pelle”. Radio Star, Forum 72, Radio Sud Contact, Fréquence Marseille et radio Grenouille offrent leurs ondes au Jazz.

En 1982, Yves Sportis crée l’association “Le cri du Port” qui assure la programmation régulière de nombreux concerts : Lionel Hampton, Dizzy Gillespie, Wayne Shorter, Stan Getz, Chet Baker. À cette occasion, Lionel Hampton et Dizzy Gillespie recevront la médaille de la Ville. Le cri du Port co-produit 2 films : “Chico Freeman : escale à Marseille” (1984) et “Robin Kenyatta” (1987). Depuis, Yves Sportis est devenu rédacteur en chef de Jazz Hot dont la direction est transférée à Marseille.

De nouvelles salles telles que l’Espace Julien et la Cité de la Musique permettent au Jazz de se développer dans l’espace urbain. Deux labels marseillais produisent quelques disques : CELP records et Tou Foul production. De nouveaux musiciens accèdent à la renommée comme Olivier Témime (Sax Ténor) et son Quintet.

En 1997 avec “Marseille Jazz Transfert” un premier festival voit le jour. Cette musique investit alors des lieux inhabituels tels La Vieille Charité ou le Jardin des Vestiges. Durant la Coupe du Monde de Football en 1998, la Ville de Marseille organise une dizaine de concerts.

L’arrivée du IIIème millénaire voit la création du “Festival de Jazz des Cinq continents” dans le parc du Palais Longchamp. Le jazz trouve ici un lieu à sa mesure.

Devant le succès des dix premières éditions, ce festival se pérennise.


 Petite histoire du jazz à Marseille 
 Roger Luccioni et Jean Pelle

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